«Mon corps m’appartient!»: des experts dénoncent

image rédaction AIP,

Poste du parcours «Mon corps m’appartient!». L’avis de la prof. Dr Karla Etschenberg: «Il est inacceptable de représenter publiquement et en grand format des enfants posant nus – c’est de l’incitation visuelle pour les pédophiles et une tactique efficace pour habituer les passants et les enfants à considérer les enfants comme des «êtres sexuels»!» Les enfants sont invités à indiquer, à l’aide d’aimants verts et rouges, où ils acceptent d’être touchés et où ils ne le souhaitent pas. L’enseignant est prié de s’absenter et de ne pas se mêler à ce jeu. Le «spécialiste» externe se retrouve alors seul avec les enfants à ce poste!

Des parents contactent régulièrement l’Association Initiative de protection pour savoir si le programme de prevention «Mon corps m’appartient!» est recommandé pour des enfants en âge de scolarité. Des experts scientifiques ont des doutes à ce sujet: ils privilégient une autre forme de prevention des abus.

La pièce de théâtre «Mon corps m’appartient!» est actuellement à l’affiche dans les groupes de théâtre locaux des regions germanophones. Mais il existe également un parcours interactif du même nom sous forme éducative. Ce dernier est proposé par la fondation Protection de l’enfance Suisse aux crèches, aux écoles enfantines et aux écoles primaires. Sa mise en oeuvre au niveau local est cependant du ressort des services de prévention cantonaux.

Ce parcours éducatif utilise la distinction entre «sentiments oui ou non» et entre «attouchements agréables ou désagréables». L’élément primordial déterminant la limite avec un abus est donc le ressenti subjectif de l’enfant. C’est par cette méthode que l’autonomie de l’enfant est censée être renforcée.

Prévention subjective des abus
Ce concept subjectif de la prévention des abus a infiltré tous les établissements éducatifs au fil du temps. Les enfants sont censés apprendre à se défendre. Mais la question sa pose immédiatement de savoir comment et quant il doivent se défendre. Doit-on laisser cela à l’appréciation subjective de l’enfant, ou faut-il établir des règles objectives?

Il apparaît d’ores et déjà que pour les enfants, la prevention subjective des abus n’offre aucune protection efficace.

Rien d’étonnant donc que jusqu’à présent, aucune étude empirique ou résultat tangible n’ait réussi à prouver que les programmes de prévention subjectifs des abus sont efficaces pour les enfants.

Le thérapeute néerlandais Ruud Bullens, qui travaille avec les auteurs d’infractions, relève que lors de la phase d’approche, communément appelée grooming1, les enfants n’ont pratiquement aucune chance de poser des limites face à un adulte. Sur le plan de la criminologie, la subjectivité n’offre aucune sécurité fiable (Dr Christian Spaemann, psychiatre).

Le sexologue et professeur allemand Jakob Pastötter décrit le grooming ainsi: «On cherche à obtenir la confiance des enfants en leur disant ce qu’ils doivent faire – y compris avec leurs organes génitaux.

Puis on leur dit: C’est une bonne chose, c’est très bien. Et comme dernière étape, on leur dit: Laisse-moi t’aider!»

Et ce n’est pas là une simple affirmation, c’est une exigence qui fait partie des concepts modernes d’éducation sexuelle. Selon Pastötter, elle va même jusqu’au point où les parents et les éducateurs sont censés aider physiquement les enfants à découvrir leur sexualité. La spécialiste en sciences de l’éducation allemande Karla Etschenberg est très critique face à ce principe de subjectivité: «Je partage l’avis des voix critiques pour dire que pour prévenir les abus sexuels, il est dangereux d’encourager les enfants à dire ‹non› à un ressenti subjectif désagréable et à
dire ‹oui› à un ressenti subjectif agréable.». Selon Etschenberg, il est extrêmement risqué «d’encourager implicitement à dire ‹oui› à des actes intimes agréables, qu’ils soient initiés par des adultes, par d’autres enfants ou même par L’Enfant lui-même, car cela ouvre la voie aux agressions sexuelles».

Etschenberg observe que «le message selon lequel chaque enfant a le droit de dire ‹non› à des agressions désagréables rend l’enfant dont le ‹non› n’est pas respecté conjointement coupable de l’agression», surtout «lorsque ces actes sont banalisés par le personnel (p. ex. dans les crèches ou les écoles enfantines) comme étant des «jeux du docteur » de nature positive».

C’est «une situation idéale pour les auteurs d’abus, qui pretendent facilement que l’enfant a lui-même souhaité ces interactions, sinon il se serait défendu.»

Prévention objective des abus
Le point essentiel de l’approche objective est d’affirmer que la responsabilité en matière de protection contre les abus sexuels se situe chez les adultes (parents et éducateurs) et qu’elle doit être appliquée au moyen de règles claires, externs et objectives, et que la compétence de protection ne soit pas déléguée à l’enfant.

La barrière ne doit pas dépendre du ressenti subjectif de l’enfant, mais uniquement de règles prédéfinies qui représentent une véritable protection contre les abus. Exemple: Qu’est-ce qui est permis dans la crèche et qu’est-ce qui est interdit?

Une règle simple mais importante est: «On ne baisse pas les pantalons».

De plus, il ne doit pas y avoir de locaux séparés et sans surveillance. Ainsi, dans les établissements éducatifs, les enfants ne devraient pas avoir la possibilité de se rendre, sans surveillance et de manière totalement isolée des autres ou des adultes, dans certains espaces, par exemple des «tentes douillettes» pour «jouer au docteur», ou d’aller aux toilettes à deux.

La pudeur naturelle des enfants – qui sert de barrière contre les abus – ne doit pas être affaiblie par des «programmes de prévention des abus», des «livres d’images» ou des «jeux» poussant à la sexualisation dans les crèches et les écoles enfantines.

Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, l’Association Initiative de protection ne peut en aucun cas recommender le parcours éducatif «Mon corps m’appartient!».

1 Grooming: méthode d’approche des enfants en vue de les agresser sexuellement, notamment au moyen de tactiques de désensibilisation et d’attouchements.